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LETTRE OUVERTE À L’INTENTION DU PRÉSIDENT D’HAÏTI MICHEL MARTELLY

Monsieur,

J’ai regardé le discours que vous avez prononcé la semaine dernière pendant l’Assemblée générale des Nations Unies (ONU). Votre discours était franc, une chose rare dans les discours des Nations Unies, mais également frustré, ce qui est synonyme de diplomatie à l’ONU.

Les propos que vous avez tenus au sujet des échecs de la communauté internationale de donateurs et de l’industrie du développement ont été très directs et provocateurs. Le monde entier s’est précipité à la rescousse d’Haïti après le séisme qui a frappé ce pays, puis l’aide s’est envolée presque aussi rapidement. Plus de 18 mois après cet événement, seulement 43 % de l’aide monétaire promise a été déboursée, et cet argent est en grande partie invisible. Les camps de réfugiés sont encore aujourd’hui remplis à pleine capacité, la moitié des femmes haïtiennes accouchent encore sans soins médicaux et le choléra est endémique.

Dans votre discours, vous avez affirmé que les Haïtiens se sentent laissés pour compte. Les dons monétaires qui sont réellement distribués vont dans les poches d’expatriés et d’organismes internationaux. Il existe trop peu de nouvelles écoles, mais les rues sont bondées de véhicules utilitaires sport blancs, symbole international d’« aide » de Kaboul à Kigali.

L’expérience vécue en Haïti n’est pas unique. Encore et encore, la communauté internationale réagit aux guerres, aux tsunamis et aux séismes de la même façon. Des milliards de dollars sont amassés, une partie seulement de cet argent est dépensé, et la collectivité locale ne reçoit presque rien.

Dans l’étude de PDT soumise à l’examen des pairs, nous avons montré que, en moyenne, seulement 5 % des budgets de l’ONU sont injectés dans l’économie locale. Dans le cadre de missions de plus grande envergure, la grande communauté de donateurs n’est pas bien mieux. Notons en Afghanistan, où elle ne dépense que 37 % de son argent à l’échelle locale. Toutefois, lorsque l’on soustrait les salaires touchés par le personnel local, l’argent dépensé localement par le personnel international et l’aide budgétaire directe, le montant réel des dons utilisé pour les contrats accordés aux entreprises locales ne représente parfois que 1 %. En d’autres mots, ce qui se passe en Haïti est la norme : l’aide monétaire est dépensée pour les pays auxquels elle est destinée, et non dans ces pays.

Comme vous l’avez mentionné, « on aura beau de parler de dignité humaine, de droits de l’homme, de stabilisation et de paix, ventre affamé n’a point d’oreilles. C’est donc par la création d’emplois décents, justement rémunérés, (…) que commence la justice ». Pour qu’Haïti ait un avenir prometteur, il doit d’abord pouvoir offrir des emplois à ses citoyens. Et ces emplois ne peuvent pas être accordés à des « consultants en renforcement des capacités » ou à des « conseillers en développement du secteur privé » qui réclament des honoraires élevés. Ils doivent être destinés aux Haïtiens eux‑mêmes. Les donateurs n’ont jamais créé d’emplois au moyen de « cadres logiques pour la croissance économique ». Ces derniers ne suffisent qu’à générer des honoraires de consultation destinés aux expatriés. Seuls les entrepreneurs peuvent créer des emplois.

Il est possible d’agir pour Haïti d’abord. En Afghanistan, on a vécu le même paradoxe : des milliards de dollars ont été promis, mais les entrepreneurs afghans n’ont presque rien reçu. C’est pourquoi le gouvernement américain, sous la direction du Général Karl Eikenberry, a mis en œuvre la politique « Afghans d’abord », laquelle réclamait l’afghanisation de l’aide étrangère. Le mouvement « Afghans d’abord », lequel vise à « s’assurer que les Afghans créent eux‑mêmes un avenir sécuritaire et économiquement viable pour leur pays et qu’ils ne soient pas de simples spectateurs », a rapidement été adopté par d’autres donateurs, comme l’Angleterre, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA). L’incidence de ce mouvement a été extraordinaire, menant à de nouvelles dépenses locales de l’ordre de milliards de dollars et à la création de plus de 100 000 emplois.

En tant que président, vous devriez inciter les donateurs à adopter une politique « Haïti d’abord ». Demandez‑leur de dépenser deux fois chaque dollar destiné au développement. Plutôt que de tout simplement construire un hôpital au coût de 1 M$, demandez‑leur de faire appel à des entreprises de construction haïtiennes. Ainsi, ils laisseront derrière eux 1 M$ en salaires, en profits et en impôts au pays. Les principaux donateurs, tels que les États-Unis et l’ONU, ont déjà prouvé qu’ils en sont capables. S’ils l’ont fait à Kaboul, ils peuvent le faire à Port‑au‑Prince.

Soyez franc, comme vous l’avez été la semaine dernière à New York. Exigez que les dons amassés et dépensés pour Haïti soient réellement dépensés en Haïti. « Haïti d’abord » : c’est ce que nous vous demandons.

Je vous prie d’agréer, Monsieur Martelly, l’assurance de mes sentiments les plus distingués.

Scott Gilmore, Peace Dividend Trust

 

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1 Comment

  1. Natacha says:

    Je suis bien d’acccord avec vous Mr. Scott avec le Slogan: “Haiti d’abord”, et je crois vraiment les haitiens doivent reellement participer dans tout. Car souvent on fait appel a des experts etrangers qui gagnent des salaires très raisonnable et les haitiens eux mêmes ils participent dans les travaux les plus defavorisés et le salaire est très très mince, maigre.

    Je crois qu’il est temps comme vous le mentionnez a ce que les haitiens participent et aient un revenu plus ou moins raisonnable.

    Merci,

    Natacha Romelus

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